Art et territoires

Depuis 2012, l’Ésä déploie une ligne de recherche autour de la thématique « Art & territoires ». Il s’agit d’interroger la façon dont les pratiques artistiques s’articulent avec les enjeux sociétaux actuels (développement durable, mondialisation, migrations…). Sont étudiés et expérimentés également les enjeux de la posture de l’artiste et de ses modes opératoires, les nouvelles modalités d’interventions, de participation, d’interaction avec l’environnement et/​ou les habitants. La Cité est envisagée comme espace commun tant spatial que social et ne fait pas exclusion des zones urbaines, périurbaines ou rurales. Les activités se déclinent sur le mode de la recherche artistique, de réflexions théoriques et d’interactions pédagogiques.

Cette recherche s’appuie sur des éléments d’expertise et d’analyse de terrain issus tant de l’observation directe notamment de l’immersion que de l’apport complémentaire des disciplines liées aux sciences humaines et sociales ou aux sciences dures. Les productions sont valorisées sous des formes diverses : expositions, publications. Ce programme s’appuie sur un partenariat privilégié avec La chambre d’eau, structure de résidence d’artistes située dans l’Avesnois, inscrite dans un réseau à l’échelle internationale (Europe, Mexique), le Laboratoire Cecille (Université de Lille – SHS) et pour le territoire dunkerquois avec le Learning Center ville durable, l’Université du Littoral Côte d’Opale et La Plate-Forme – Laboratoire d’art contemporain. Ce programme est articulé sur le plan pédagogique aux ARC proposés aux étudiants de second cycle : Polder à Dunkerque et Espace(s) des Territoire(s) à Tourcoing. Il s’appuie également sur le séminaire régulier Art et Territoire(s) animé par Nathalie Poisson-Cogez, mutualisé depuis la rentrée 2015 au second semestre avec le Master International Médiation Interculturelle : identités, mobilités, conflits (Mitra) : Parcours Art et Responsabilité Sociale (ARS) de l’Université Lille – Sciences humaines et sociales. 

2016 – 2017 : Polder

Avec le réchauffement climatique, la montée des eaux consécutive à la fonte des glaces du Groenland et de l’Antarctique menace les territoires côtiers mondiaux. Les équipes de recherche de la NASA annoncent une hausse du niveau de la mer d’un mètre dans les cent ans à venir. Le territoire dunkerquois figure parmi les zones menacées, notamment sur la commune la plus basse de France, Les Moëres. Un voyage exploratoire s’étendant du Nord de la France jusqu’aux Pays-Bas a été programmé. Dans ce cadre, le concept d’entropie et l’œuvre de Robert Smithson, Broken Circle (1971), ont été interrogés. Il s’agit en se basant tant sur les données objectives (études scientifiques) que sur l’exploration d’un territoire, de développer une réflexion et un imaginaire (approche apocalyptique, utopique ou prospective) afin de produire des objets ou des formes plastiques comme autant de réponses possibles ou de supports aux interrogations posées par les prévisions alarmistes des scientifiques.

Broken circle, Robert Smithson,1971

Afin de définir une écriture, un vocabulaire plastique singulier, l’étudiant définira et appliquera son protocole de recherche artistique. L’intention est de nourrir l’étudiant théoriquement et plastiquement par un croisement d’expériences du réel et d’apports conceptuels. Le processus lui-même procédant de « l’œuvre », cette exploration pourra aboutir à des réalisations plastiques usant de médiums multiples.

Programme proposé par Albert Clermont et Jean-Claude Mouton.

2016 – 2017 : Migration Murmuration

Ce programme lancé en septembre 2016 interroge les questions liées aux frontières terrestres, maritimes et spatiales en lien aux paysages de la mondialisation ; les flux migratoires que les situations géopolitiques actuelles engendrent ; le rapport à l’altérité que ces mouvements de population génèrent dans différents territoires. Dans le cadre d’une convention de coopération culturelle de co-production et de recherche signée avec l’École Supérieure Européenne de l’Image (ÉESI Angoulême-Poitiers) et l’École Supérieure d’Art et de Design de Toulon Provence Méditerranée (ÉSADTPM), six étudiants de l’École Supérieure d’Art du Nord – Pas de Calais Dunkerque-Tourcoing ont participé à deux workshops délocalisés. Mis en situation sur différents terrains d’expérimentation, les étudiants ont été invités à questionner leurs propres modes opératoires ; à mettre en œuvre des protocoles ; à envisager la réalisation d’objets matériels ou immatériels qui permettent la mise en partage de ces expériences humaines.

À Poitiers, le workshop intitulé « L’autre, le récit » (17 – 21 octobre 2016) a été nourri par les apports théoriques du sociologue Fabrice Raffin socio anthropologue, directeur de recherches de SEA Europe à Paris, Maître de Conférence à l’Université de Picardie Jules Verne et chercheur du laboratoire Habiter-Monde (EA4287) et la rencontre de l’auteur de Bande Dessinée Jean-Luc Loyer. Le collectif Gigacircus a accueilli également l’équipe sur son lieu de travail à Villefagnan permettant d’appréhender certaines de leurs productions qui « relient les arts numériques à l’espace public ou naturel, tout en nourrissant une dynamique interculturelle sur des problématiques d’art anthropologique ».

À Toulon, le workshop (27 février – 3 mars 2017) animé par l’artiste Claire DEHOVEWOSagence des Hypothèses a conduit à la réalisation d’œuvres collaboratives (Bibliothèque migratoire, Buro des paroles de migration, Atelier/​fabrique). Des étudiants de la licence professionnelle – gestion des structures culturelles de l’Université de Toulon ont été associés au projet. À Poitiers, la rencontre avec l’autre a été opérée au gré des déambulations dans l’espace public. Par exemple Margot Bricout a choisi de « créer une situation dans l’espace public en y introduisant un élément étrange et inhabituel afin de provoquer la rencontre avec les gens. Ce dispositif démesuré fait en carton ne laisse entrevoir qu’une main tendue et donne à voir un personnage aux formes inhumaines venant troubler le quotidien des habitants. Étranger en demande d’aide, qui ère sur la place, ne sachant pas où aller. Personnage sans identité qui provoquera différentes réactions des passants ».

Marion Bricout

Paulina Denti et Zagros Mehrkrian « ont collecté des dictons auprès d’étrangers et de français rencontrés dans la rue. Ils mettent en scène un récit performance derrière’ une vidéo. Ils incarnent le récit chuchoté de ceux qui se sentent invisibles chez nous ». À Toulon, le contact avec les individus en situation de migration a été établi par l’intermédiaire des associations regroupées au sein du Collectif Migrants 83 et des CAO (Centres d’accueil et d’orientation). Dès lors, un certain nombre de questions sur la responsabilité sociale et éthique de l’artiste se sont posées. Comment ne pas instrumentaliser les migrants dans le cadre de ce projet ? Comment les associer à nos travaux de manière inclusive dans le respect des droits culturels ? Comment déjouer les barrières du langage sans fausser les propos des uns et des autres ? Le travail de terrain a prouvé qu’une certaine temporalité s’avérait nécessaire pour aboutir à une relation durable et que l’appui sur des ressources et relais locaux était indispensable.

Workshop à Toulon

Deux évènements ont permis la valorisation de ce travail de recherche collectif la restitution de l’œuvre collaborative Anarchives de la migration #1 au Port des créateurs à Toulon (21 mars 2017) et une exposition des travaux d’étudiants au Centre de Culture scientifique et Lieu multiple – pôle de création numérique à l’espace Mendès France à Poitiers (23 – 25 mars 2017). Cette première année de travail et d’expérimentation a permis de faire émerger aussi l’importance du numérique à travers l’usage du téléphone portable que possède souvent toute personne en situation de migration. Cela a conduit l’équipe à répondre à l’appel à projet recherche du Ministère de la culture. Le programme Migration Murmuration a obtenu le soutien pour les deux années à venir. Pour l’année 2017 – 2018 sont programmés deux temps de rencontres des équipes : à Strasbourg dans le cadre du Festival Strasbourg-Méditerranée (25 novembre – 2 décembre 2017) et à l’occasion de la Biennale Eclectic campagne(s) à La chambre d’eau – Le Favril (20 – 27 mai 2017). L’alternance de journées d’étude avec des temps d’expérimentations et workshops de terrain va permettre de rester au plus près d’une recherche-création. Au fur et à mesure, les chercheurs sont incités à analyser leurs processus de création autant que les objets finalisés. Des temps de rencontres : séminaires, journées ou ateliers d’étude, colloques sont organisés afin de mettre en partage ces différentes investigations avec d’autres équipes de recherche travaillant sur des objets similaires dans le champ artistique mais aussi dans d’autres domaines.

Au cours de l’année 2016 – 2017, d‘autres ressources ont été utilisées pour les étudiants du site de Tourcoing. Notamment à Paris, une visite du Musée de la Porte dorée, Musée de l’histoire de l’immigration et du Jeu de Paume avec la rencontre de Pia Viewing, ancienne directrice du CRP, commissaire-chercheur au Jeu de Paume qui a présenté son travail de commissaire d’exposition (Valérie Jouve, François Kollar, Ali Kazma) et la dimension sociale et politique de la programmation du musée portée par la directrice actuelle Marta Gili, suivie d’une visite de l’exposition Soulèvements sous le Commissariat de Georges Didi-Huberman. Le partenariat avec le Centre Régional de la Photographie Nord – Pas-de-Calais à Douchy Les Mines a été activé via la visite de l’exposition Pavillons et totems (03 déc 2016 – 5 fév 2017) en présence de la directrice Muriel Enjalran et de l’artiste Maxime Brygo : « ethnographe des lieux modestes ».

Programme proposé par Nathalie Poisson-Cogez et Benoît Ménéboo. Les étudiants participants de l’Ésä Dunkerque-Tourcoing : Smaili Abderraouf, Margot Bricout, Gaëlle Bridoux, Wilfried Dsainbayonne, Ekouman Kablan, Paul Ralu.

Partenaires

École supérieure d’art et de design Toulon Provence Méditerranée (ÉSADTPM), École européenne supérieure de l’image (ÉESI) Angoulême-Poitiers, Université Lille3 Laboratoire Cecille / CRP – Centre Régional de la Photographie (Douchy les Mines), Le Phénix – Scènes nationale (Valenciennes), La chambre d’eau (Le Favril), Collectif solidarité migrants (Poix-du-Nord) 

Contributions

  • « Images de la cité », contribution de Nathalie Poisson-Cogez au Colloque « Agir dans la ville. Art et politique dans l’espace urbain 2. Des Représentations » – Mons (Belgique) du 21 au 23 septembre 2016.
  • Direction scientifique : Damien Darcis (Umons), Jeremy Hamers (ULg), Marjorie Ranieri (Umons).
  • Laboratoires associés : U.R.B.A.In.E (Umons), Lemme (Laboratoire d’étude sur les médias et la médiation – UR Traverses/​ULg), MAP (Matérialités de la politique – UR Traverses / ULg).
  • Publication prévue en décembre 2017 dans la Revue électronique Methis – Presses Universitaires de Liège (Belgique) 
  • Ici où là – séminaire co-organisé par le réseau 50° nord – Réseau d’art contemporain, l’Ésä et le Vecteur, le 25 avril 2017 à Charleroi

Dans le cadre de la 9e édition du programme Watch This Space, 50° nord – Réseau d’art contemporain et ses membres ont invité théoriciens des sciences humaines et sociales (philosophes, sociologues, historiens, etc.), artistes, critiques et commissaires, étudiants en art à poser leur attention sur les formes actuelles de pratiques et de développement du secteur des arts visuels. Aujourd’hui, la mobilité permanente semble s’imposer. Entre local et global, comment l’artiste se positionne-t-il? Quels sont ses territoires d’investigations et d’opérations? Entre mobilité et proximité dans un monde aux réalités mixtes, celui l’artiste opère entre territoires tangibles et matières poétiques.

L’année 2016 – 2017 a conduit à déposer deux dossiers dans le cadre de l’appel Soutien à l’émergence de projets 2017 – 2018 de la MESHS de Lille et de l’appel à projet 2017 du Pôle Recherche et Prospective de la FMSH qui n’ont pas été obtenus. SavRu (Savoir les ruralités) – Ce projet s’inscrit dans le contexte du développement croisé d’une réflexion menée dans le domaine des arts sur la performance épistémique des pratiques artistiques actuelles et d’une réflexion en géographie sur la dimension esthétique de la production de savoirs spatiaux. L’équipe de SavRu est composée des membres de La Chambre d’eau, structure culturelle avesnoise, d’artistes, d’enseignant.e.s du laboratoire Hyper​.Local de l’École supérieure d’Art du Nord-Pas-de-Calais, d’enseignant.e.s-chercheur.e.s et doctorant.e.s en SHS de l’Université d’Artois.