Construire la Biorégion

Ce programme renforce et développe l’idée d’un « design situé » posée dans le programme précédent « Design situé et territoires soutenables ». Il correspond essentiellement à la relation singulière et concrète aux différentes composantes de la problématique qu’exige une pratique « soutenable » aux différentes échelles d’un territoire. Il s’agit plus précisément d’interroger les méthodes de conception, de production et d’échange qui répondent aux enjeux sociétaux contemporains en liant l’écologique et le social, c’est-à-dire en mettant en évidence leur interdépendance comme contexte du projet mais surtout comme finalité de la démarche adoptée au sein d’un système complexe des milieux humains : la biorégion.

Plus précisément, il s’agit de ce concentrer sur la biorégion urbaine du valenciennois afin de resituer la ville non pas dans ses échelles internationales ou mondiales de réseaux, mais dans l’environnement ayant permit son évolution : un milieu naturel géomorphique, hydrologique et biologique. Cela permet de décrire un bien commun délimité par des ressources et des infrastructures aux dimensions territoriales et locales. La biorégion urbaine se présente alors à l’échelle d’une utopie pragmatique : assez grande pour faire modèle, assez petite pour être modifiable, propice à une structure rhizomatique décentralisée.

Deux axes seront développés au cours de cette recherche :

  • AXE 1 : LE LEARNING CENTER MOBILE : DISPOSITIF DE PARTAGE DES SAVOIRS

La réalité et la spécificité d’une « biorégion » et même d’une « biorégion urbaine » est difficile à appréhender par les populations humaines qui la composent dans leur relation au territoire et aux écosystèmes non humains. Un design cognitif doit définir les savoirs impliqués dans les relations à la biorégion qu’ils soient des connaissances universitaires et spécialisées (climatologie, géomorphologie, géologie, écologie, géographie, anthropologie et histoire) que des savoirs vernaculaires liés aux modes de vie, aux traditions, aux rites et aux cultures locales qui façonnent à la fois les représentations et les manières d’habiter un territoire. Le « Learning Center Mobile » répond à cette nécessité en s’inscrivant dans une géographie spécifique d’éclatement urbain relié par des voies navigables et une culture locale de la mobilité.

  • AXE 2 : LA FABRIQUE DU TERRITOIRE : REPRÉSENTER LA BIORÉGION

À travers des ateliers critiques, des séminaires et des Ateliers de Recherche-Création, il s’agit de réinterroger les représentations de l’espace d’un territoire dès lors qu’il n’est plus défini par ses frontières administratives et politiques mais par la relation entre les milieux naturels et les milieux humains. Cette expérimentation des formes de représentation de la « biorégion » se déclineront en trois phases : « something for nothing : la machine locale » qui expérimente l’imaginaire des machines dans leur relation à la biorégion ; « le local numérique » qui expérimente la relation de la production numérique et de l’ancrage local ; « la fabrique du territoire » qui expérimente les nouveaux modes de représentation et de matérialisation de la biorégion au-delà de la cartographie et de la modélisation traditionnelles.

Phase 1 – Université d’Automne : Learning from Bioregion/L’enseignement de la Biorégion (2018)

Initiée par Peter Berg et Raymond Dasmann en 1977 pour défendre un engagement à la fois écologique et social qui privilégie les petites échelles et la décentralisation, l’idée de « biorégion » s’est enrichie ensuite d’une approche par l’architecture et l’urbanisme qui lui a donné un sens élargi. L’architecte Alberto Magnaghi en est le principal acteur en Europe à travers ses projets et ses écrits autour de la « biorégion urbaine ». L’enjeu fondamental est pour lui de repenser les rapports entre le milieu naturel et le milieu humain, à travers leur coévolution, en vue de rétablir des relations équitables et de longue durée entre l’environnement et l’habitat, entre la campagne et la ville, entre le territoire et les populations.

Cette université d’automne a pour objectif principal de comprendre quels enseignements l’étude de la « biorégion urbaine » peut apporter comme concept à la croisée des sciences de l’environnement et des sciences sociales, comme représentation complexe et dynamique d’un territoire, comme méthodologie de projet de recherche-création et comme finalité d’action d’un design à la fois écologique et social, engagé et situé. La « biorégion urbaine » du valenciennois est à cet égard riche d’enseignements possiblççàes : la situation transfrontalière, le passé industriel, les relations métropole-campagne, les voies navigables, les savoir-faire locaux, sont autant d’éléments intéressants à interroger parmi tous ceux qui seront identifiés au cours des échanges.

Cependant, la réalité et la spécificité d’une « biorégion » et même d’une « biorégion urbaine » sont difficiles à appréhender par les populations humaines qui la composent dans leur relation au territoire et aux écosystèmes non humains. Un design cognitif peut définir les savoirs impliqués dans les relations à la biorégion qu’ils soient des savoirs universitaires et spécialisés (climatologie, géomorphologie, géologie, écologie, géographie, anthropologie et histoire) ou des savoirs vernaculaires liés aux modes de vie, aux traditions, aux rites et aux cultures locales qui façonnent à la fois les représentations et les manières d’habiter un territoire. L’hypothèse proposée est que le « Learning Center Mobile » répond à cette nécessité par une réappropriation du modèle du « Learning Center » entendu comme lieu de transmission et de partage des savoirs à la fois analogique et numérique, mais en lui donnant une configuration ouverte et surtout mobile afin qu’il s’inscrive dans ce qui caractérise la « biorégion urbaine » du valenciennois : une géographie d’éclatement urbain relié par des voies navigables et tissée par une culture locale de la mobilité.

Géographes, historiens, anthropologues, philosophes, écologues, ingénieurs, architectes, urbanistes, designers, artistes et étudiants sont invités par l’ESAD Valenciennes à se réunir durant trois journées de conférences, de visites et de workshops pour interroger la « biorégion urbaine » du valenciennois et expérimenter les grandes lignes d’un projet de Learning Center Mobile.

Phase 2 – Learning Center mobile (2019)

Suite à l’université d’automne « Learning from the Bioregion », une préfiguration d’un learning center mobile est développée dans le cadre d’un Atelier de Recherche-Création et d’un séminaire de recherche conduits par Martial Marquet (designer), Pascal Payeur (Scénographe) et Richard Pereira De Moura (géographe).

Dans ce cadre, les étudiants ont travaillé sur une carte de la biorégion urbaine du Valenciennois à partir de données recueillies sur le terrain (pratiques locales, éléments de paysage, connaissances du bassin minier, etc.) interprétées selon leurs visions personnelles par le design. Cette carte, produite à partir de logiciels libres de cartographie en ligne, est publiée dans une version papier et une version numérique.

Publication

En fin d’année 2, une publication rendant compte des deux phases est proposée avec une introduction générale sur les enjeux liés à l’enseignement de la Biorégion, un texte innédit en français de Peter Berg traduit par Mathias Rollot, une prise de position de l’ESAD de Valenciennes sur l’importance du territoire dans le travail de création des étudiants et les enjeux pédagogiques qu’elle implique, mais aussi sur le processus de (re-)territorialisation des créations plastiques envisagées au sein de cette école, et enfin un glossaire et une bibliograpahie ouvrant sur les perspectives à venir.

Affiche Learning from Bioregion