Design social et territoire soutenable

Design social et territoire soutenable s’attache à détecter, analyser et expérimenter les pratiques de design dans le domaine de l’innovation écologique et sociale. L’idée d’un « design écosocial » correspond en ce sens à la relation singulière et concrète aux différentes composantes de la problématique qu’exige une pratique « soutenable » aux différentes échelles d’un territoire. Il s’agit plus précisément d’interroger les méthodes de conception, de production et d’échange qui répondent aux enjeux sociétaux contemporains en liant l’écologique et le social, c’est-à-dire en mettant en évidence leur interdépendance comme contexte du projet mais surtout comme finalité de la démarche adoptée.

Les domaines d’action concernés traversent toutes les composantes écologiques et sociales d’une situation de vie humaine : le territoire, l’espace public, le logement, le mobilier, la santé, le travail, l’éducation, l’échange, les loisirs, etc. Ces domaines se croisent sur des problématiques relatives à la biodiversité, aux écomatériaux, à la vie d’un quartier, aux savoir-faire artisanaux locaux, aux savoirs vernaculaires, aux symboles micro-culturels, aux jeux et aux rites, etc.

La question de la responsabilité « écosociale », c’est-à-dire de la prise de conscience de l’effet social des choix écologiques et l’effet écologique des choix sociaux (socio-politiques et socio-économiques) est à cet égard un champ de recherche décisif.

Constituer le champ du « design social »

La recherche en design qui vise à produire des connaissances sur les dimensions sociales de sa pratique doit définir rigoureusement son champ de recherche selon des limites précises, à la fois en relation à la conjoncture contemporaine mais aussi selon les fondements historiques et théoriques du champ interrogé.

Depuis plus d’un siècle, le design est traditionnellement défini comme une pratique de conception et de création inséparable de l’industrie. Historiquement, les paramètres du projet en design s’adressent non simplement aux considérations stylistiques ou esthétiques mais aussi aux matériaux, aux outils, aux structures organisationnelles de la fabrication, du transport et de la commercialisation à l’échelle industrielle. La question sociale n’est donc pas considérée comme une question essentielle à la définition du design ni comme un effet prioritaire attendu de son intervention dans la société. Depuis les origines de la discipline pourtant, les stratégies de création en design témoignent parfois d’une attitude critique vis-à-vis l’industrie et de la consommation de masse. Issues du socialisme utopique, influencées par le mouvement moderniste radical et la critique de la culture, ces stratégies minoritaires ont été renforcées en Europe et aux États-Unis par des positions contestataires dans les années 1960 et 1970, explicitement dirigées contre la société de consommation et rejoignant aussi des mouvements plus généraux d’activisme civique et écologique. Plus récemment, les mouvements de la « décroissance », du « slow », des « indignés », ou encore « anonymous » qui recherchent un changement global par une contribution de tous, forment avec la triple crise écologique, économique et sociale le nouveau cadre pour les pratiques en design. 

Ce cadre nous oblige à repenser entièrement la position du designer dans la société, dans la mesure où il doit désormais rentrer dans des rapports totalement reconfigurés avec la commande, la production, la fabrication, la distribution et l’usage. Ce nouveau design s’adresse à des situations éloignées de la création et de la consommation de biens produits par l’industrie.

Par souci de cohérence, la recherche elle-même doit être considérée comme une pratique sociale qui doit non seulement faire l’objet d’un examen critique sur ses conditions épistémologiques et pratiques, mais elle doit surtout être menée « socialement », c’est-à-dire selon des modes de construction et d’échange qui privilégient la participation autonome, l’échange critique des savoirs, la multidisciplinarité, la publication libre et l’évaluation collective. 

Méthodologie générale adoptée

Confrontés aux bouleversements qui touchent à l’ensemble des paramètres de la pratique en design, nous avons entrepris notre programme de recherche avec trois objectifs principaux : 

  • Constituer le champ du design « social » (ses significations, ses théories, ses pratiques, ses acteurs, ses projets et ses objets, ses convergences avec d’autres domaines, ses points critiques)
  • Sonder ce nouveau champ pour découvrir des formes de recherche spécifiques
  • Expérimenter des pratiques qui font sens dans une école d’art et de design à Valenciennes (c’est-à-dire dans une région ayant subi successivement l’industrialisation intense, la désindustrialisation massive et la réindustrialisation partielle orientée vers le transport et le numérique). 

Pour atteindre nos objectifs, nous avons adopté deux approches complémentaires : une enquête large pour clarifier des sources historiques et théoriques menée à côté de sondes expérimentales ayant pour but de détecter des applications territoriales d’un design social situé. 

Notre programme de recherche nous a permis de tester et de valider un modèle épistémologique. À partir d’un état de la recherche en design et à travers nos enquêtes dans les pratiques sociales du design, nous avons trouvé utile d’adopter trois catégories de recherche (Frayling, 1993 ; Lachot-Hirt, 2010 ; Manzini, 2015):

  • La recherche sur le design
  • La recherche pour le design
  • La recherche par le design 

Recherche sur le design « social »

La recherche sur les pratiques sociales produit des connaissances concernant la définition et les limites de ce champ, son histoire, son contexte et le socle théorique qui le soutient. En appliquant des filtres critiques associés aux notions constitutives de la convivialité (augmentation de l’autonomie individuelle, création ou développement des liens sociaux) cette recherche vise à :

  • Détecter et analyser des pratiques contemporaines pertinentes ;
  • Découvrir la présence des pratiques sociales à l’intérieur des approches généralistes historiques et contemporaines ;
  • Réexaminer et consolider une fondation historique et théorique par la reconsidération d’objets « canoniques » dans l’histoire du design.

Recherche pour le design « social »

La recherche pour une pratique sociale du design développe des connaissances requises par un projet spécifique en amont des étapes de la conception propre. La recherche pour le design examine ainsi des outils et méthodes nécessaires pour la compréhension contextuelle d’une situation, d’un point de vue ergonomique, technique, environnemental, comportemental et surtout collectif.

Dans les pratiques sociales de design, il s’agit d’enquêtes sociologiques, d’entretiens individuels, d’immersion participante dans les populations concernées, selon des méthodes nouvelles de capture d’information environnementale, de sondes, et de partage d’informations.

Recherche par le design « social »

La recherche par les pratiques sociales de design génère de la connaissance à l’intérieur même des processus de conception. Elle intègre le développement de nouveaux outils et de nouvelles phases pour les processus de création et de co-création, les méthodes innovantes de maquettage et de prototypage, les aides pédagogiques à l’adoption des solutions (DIY).