Systèmes de lecture et représentation des données

Si le sous-axe Systèmes de lecture et de représentation des données repose sur une exploration géographique de la production du savoir dans le Nord de la France, il reprend ce thème de la géographie mais en déplace les contours. Dans la période de grande migration que nous connaissons aujourd’hui (et qui n’est qu’un prélude à des migrations de plus grande ampleur à venir dans les années qui viennent), les Hauts-de-France, et tout particulièrement Calais et Dunkerque, sont devenus un point parmi les plus sensibles en Europe, pour une simple raison : l’Angleterre est une île, et pour y arriver il faut traverser la Manche. D’où la jungle, ce camp de Calais désormais démantelé où des milliers de migrants attendent de pouvoir gagner ce pays fantasmé qu’est l’Angleterre – existent également d’autres « jungles » comme celle de Grande-Synthe. Une étude précise (et sa transposition en carte via un travail de visualisation de données) des parcours des migrants arrivant dans les Hauts-de-France pourrait être menée à partir de données désormais largement publiques – celles, officielles, de l’Europe comme celles, officieuses, de diverses associations. Les accords du Touquet signés entre la France et l’Angleterre en 2003 ont de facto déplacé la frontière de l’Angleterre vers la côte française – traité qui repose de manière intéressante la question de la frontière et sa localisation.

Au-delà des phénomènes de migration que connaît la côte française (mais aussi, désormais, belge), il est intéressant de noter que d’autres « acteurs » ont également besoin de traverser la Manche, pour des raisons totalement différentes : il s’agit des firmes de trading à haute fréquence, qui ont créé des réseaux de communications entre les marchés de Londres et de Francfort, à l’aide de pylônes et d’antennes afin que les informations de marché puissent transiter entre Londres et Francfort en 4 millisecondes. Il est particulièrement frappant de noter que l’un de ces réseaux passait à un moment juste au-dessus de la jungle de Calais. Nous avons là, donc, une confrontation/​superposition de deux mondes extrêmes : l’extrême condition de vie de migrants qui attendent des mois avant de (peut-être) pouvoir traverser la Manche, et l’extrême vitesse des traders à haute fréquence qui, eux, traversent la Manche sans difficulté en quelques centaines de microsecondes (soit 1 000 fois moins de temps qu’un clin d’œil). Cette confrontation des extrêmes est une excellente occasion de réfléchir au sens des frontières et à la géographie des trajectoires dans et autour de la région des Hauts-de-France.