Sens mineurs – Le goût, le toucher, l’odorat

Le Parcours Arts Plastiques du Département Arts de l’Université de Lille SHS et l’École Supérieure d’Art du Nord-Pas-de-Calais Dunkerque-Tourcoing sont étroitement associés et forment ensemble, sur le site de Tourcoing, un Pôle Arts Plastiques favorisant les échanges pédagogiques. C’est dans ce cadre institutionnel qu’a été proposé le présent programme de recherche, soutenu par le Centre d’Étude des Arts Contemporains, laboratoire de recherche de l’Université de Lille SHS. Il s’adresse prioritairement aux étudiants de second cycle de l’Ésä et du Parcours Arts Plastiques de l’Université de Lille SHS.

Créé à la rentrée 2012 par Gilles Froger et Valérie Boudier, le programme de recherche et de création Sens mineurs – Le goût, le toucher, l’odorat a pour but de questionner la représentation et la présence dans l’art, et plus particulièrement dans l’art contemporain, de trois sens longtemps déconsidérés dans la culture occidentale qui, dès l’Antiquité, valorise les deux sens les moins liés à la matière que sont la vue et l’ouïe. Si on peut trouver au XIXe, dans les écrits de Gauguin ou de George Sand et surtout dans le célèbre À Rebours de Huysmans, un intérêt littéraire ou artistique nouveau pour les « sens mineurs », c’est principalement le rejet du « rétinien » par Duchamp et l’ébullition futuriste de Marinetti qui vont amener nombre d’artistes des XXe et XXIe à intégrer dans leur pratique les dimensions nouvelles du goût, du toucher et de l’olfaction. L’étude de la représentation de ces trois sens par Valérie Boudier regarde essentiellement la culture et l’art visuels allant du Moyen âge à l’âge classique. Cette étude, qui permet de saisir l’évolution de la connaissance aux différentes époques concernées, éclaire de manière déterminante l’analyse d’œuvres contemporaines effectuée par Gilles Froger.

Le programme Sens mineurs – Le goût, le toucher, l’odorat s’articule autour d’un séminaire de Master invitant les étudiants à appréhender les conditions, méthodes et outils de la recherche. Ce programme porte un regard particulier à la dimension culturelle et sociale des sens interrogés. Les interventions, à divers moments de la recherche, de philosophes, d’historiens, d’anthropologues, de scientifiques et d’artistes qui, comme Thierry Boutonnier (« La Chair de l’animal »), questionnent politiquement la place des sens concernés, confirment cette orientation engagée dès l’origine du programme.

Au cours du séminaire, diverses questions induites par la mise en jeu des sens mineurs dans l’art contemporain sont également abordées : celles touchant à la capacité évocatoire des œuvres tactiles, gustatives ou olfactives, aux conditions particulières de leur exposition, de leur perception, de leur diffusion et de leur conservation ainsi qu’à la nature du commentaire critique qui peut en être fait – toutes questions qui intéressent l’axe de recherche « Images, codes, récits » de l’Unité de recherche Hyperlocal.

Ouvert à des chercheurs intervenant, lors du séminaire ou au cours de journées d’étude, dans diverses disciplines des sciences humaines et des sciences dures (littérature, anthropologie, histoire de l’art, théâtre, musique, biologie), ce programme engage également les étudiants à concevoir des travaux au cours de workshops proposés par des artistes invités. Ces travaux font l’objet d’expositions dont les étudiants assument toutes les phases – de la scénographie à la médiation en passant par le travail de communication.

2016 – 2018 : La dimension olfactive

Après avoir questionné, dans une phase introductive (2012 – 2013), le sens du goût en nous intéressant aux motifs de la viande et de la carcasse animale (Voir « La Chair de l’animal », revue Déméter, puis en ayant approfondi cette recherche, dans une seconde phase (2014 – 2016), en questionnant les représentations et les différents aspects du banquet dans l’art ancien et contemporain (Voir « Le Banquet gratiné » et le site de la Galerie commune), nous consacrons l’actuelle phase de notre programme à la dimension olfactive, sa présence et/​ou sa représentation dans les œuvres d’art.

Au cours de l’année 2016 – 2017, nous avons poursuivi le dialogue instauré depuis quatre ans entre histoire de l’art ancien et étude d’œuvres contemporaines. Valérie Boudier s’est attachée à analyser les modes de représentation des odeurs et de l’odorat dans les œuvres picturales du Moyen âge à l’âge classique, tandis que Gilles Froger proposait parallèlement d’appréhender et de distinguer les différents aspects de l’olfaction dans les œuvres contemporaines. En effet, si certains artistes, comme Julie C. Fortier, Peter de Cupere ou Sissel Tolaas, accordent une place prépondérante à l’odorat dans le travail qu’ils développent, lequel passe notamment par la création de parfums ou d’odeurs spécifiques, d’autres, plus nombreux, comme Michel Blazy, Giuseppe Penone ou Ernesto Neto pour ne citer qu’eux, créent des installations s’adressant aux divers sens, dont celui de l’odorat. Ce constat induit la nécessité de distinguer entre ce qui relève à proprement parler d’un art olfactif et ce qui peut être qualifié comme art odorant.

Afin de compléter cette approche théorique par une expérience de création personnelle, nous avons invité les étudiants de l’Ésä et du département Arts à participer à un workshop conduit par Julie C. Fortier. Cette artiste, dont la majeure partie de l’activité se concentre sur la création olfactive, travaille avec des chercheurs et a elle-même suivi une formation dans le domaine de la parfumerie. Elle crée, dans une démarche expérimentale, des parfums et des senteurs qu’elle associe ou non à des arômes, en imaginant des processus permettant leur meilleure exposition possible (installations, dessins, performances culinaires et olfactives, etc.). Ses œuvres se caractérisent par une sensation de perte et d’effacement, liée au caractère insaisissable et éphémère des odeurs.

Après avoir accueilli l’artiste par un repas olfactif laissant libre cours à leur capacité de subvertir les conventions habituelles rattachées aux relations entre goût et odorat, les étudiants ont eu, au cours du workshop, la possibilité de travailler à partir des odeurs de différentes manières : soit directement avec des matériaux odoriférants comme la nourriture ou encore les produits d’entretien, en utilisant des procédés de diffusion spécifiques (cuisson, ventilation, etc.) ; soit en créant des parfums à base d’huiles essentielles ou de molécules de synthèse, grâce à divers produits et matériels apportés par l’artiste. Ce workshop a été l’occasion de se questionner sur l’absence/présence et le pouvoir de représentation des odeurs. Le réel défi a été de trouver la manière la plus juste d’exposer et de mettre en espace les rendus plastiques (dessins, sculptures, installations, performances, etc.) dans la Galerie commune – salle d’exposition du Campus arts plastiques à Tourcoing.

Puits inodore, installation de Noémie Bonnel, produit lors du workshop La dimension olfactive avec Julie C. Fortier le 1er décembre 2016. Photo © Ève Domingos

Dans le cadre de ce programme, enseignants et étudiants ont été invités à participer le 23 novembre 2016 à une séance spéciale du séminaire Arts et cuisine de Marjorie Meiss (MDC, Institut de Recherches Historiques du Septentrion, Université de Lille SHS) et à la Journée d’étude Quand la muséologie prend tout son sens : les dispositifs olfactifs au musée (Maison de la Recherche de l’Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3), organisée le jeudi 15 juin 2017 par les doctorants en muséologie de l’École doctorale Arts et Médias affiliée au Centre de Recherche sur les Liens Sociaux (CERLIS UMR 8070).

La Galerie commune

  • Présentation textuelle et photographique des workshops et expositions sur le site de la Galerie commune.
  • Programme de recherche mutualisé École Supérieure d’Art du Nord-Pas-de-Calais Dunkerque-Tourcoing / Parcours Arts Plastiques, Département Arts, Université de Lille Sciences Humaines et Sociales / axe de recherche « Arts, Sciences et expérimentations » du CEAC Centre d’Étude des Arts Contemporains (EA 3587) – laboratoire de recherche de l’Université de Lille SHS.

Direction

  • Gilles Froger (Professeur d’enseignement artistique, École Supérieure d’Art du Nord-Pas-de-Calais Dunkerque-Tourcoing ; critique d’art, membre de l’Association Internationale des Critiques d’Art ; chercheur associé au Centre d’Étude des Arts Contemporains, Université de Lille SHS)
  • Valérie Boudier (Maître de conférences en Histoire et Théorie de l’art, Parcours Arts Plastiques, Département Arts, Université de Lille – Sciences humaines et sociales, chercheuse au Centre d’Étude des Arts contemporains, Université de Lille SHS

Équipe de recherche

  • Patricia Nagnan-Le Meillour, Directrice de recherche, INRA, PhD, Équipe « Glycobiologie de l’olfaction », Unité de Glycobiologie Structurale et Fonctionnelle (UMR 8576 CNRS / Université de Lille 1 / USC INRA 1409)
  • David Faltot, artiste, Doctorant, École doctorale Sciences de l’homme et de la société, Université de Lille SHS
  • Jean-Charles Farey, artiste, Chargé de cours, Université de Lille SHS
  • Anne-Emilie Philipe, artiste, Professeur d’enseignement artistique, Ésä du Nord-Pas de Calais Dunkerque-Tourcoing

Artistes associés

Thierry Boutonnier, Julie C. Fortier, Jan Kopp, Hervé Lesieur, Laurent Moriceau, Antoine Petitprez, Boris Raux et Hélène Singer

Chercheurs associés

  • Astrid Bouygues, écrivain
  • Marie-Madeleine Castellani, Professeure de Langue et littérature médiévale, Université de Lille SHS
  • Francis Courtot, musicologue, Maître de conférences, Musicologie, Département Arts, Université de Lille SHS
  • Anne Creissels, artiste-chercheuse, Maître de conférences, Département Arts, Université de Lille SHS
  • Anne-Elène Delavigne, ethnologue, associée au laboratoire Éco-anthropologie et ethnobiologie (UMR 7206 MNHNCNRS)
  • Delphine de Swardt, Docteure en esthétique et en communication sur la création olfactive et le langage descriptif des odeurs, Paris 3
  • Pierre-Olivier Dittmar, Maître de Conférences, EHESS, Histoire et anthropologie du vivant, XIeXVIe siècles
  • Véronique Goudinoux, Professeure en Théorie et Histoire de l’art, Département Arts, Université de Lille SHS
  • Véronique Perruchon, Maître de Conférences en Arts de la scène, Département Arts, Université de Lille SHS
  • Noélie Vialles, anthropologue, Maître de conférences (HDR), Collège de France
  • Érika Wicky, Docteure en histoire de l’art, Chargée de recherches, FRSFNRS / Université de Liège